Transformation – macération huileuse ou macérât de plantes dans l’huile

Transformation – macération huileuse ou macérât de plantes dans l’huile

16 janvier 2019 0 Par Audray Pepin

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Pourquoi faire une macération huileuse?

La beauté des plantes dans une macération huileuse
Fines herbes en macération huileuse

La macération huileuse est très efficace pour retenir les huiles essentielles, les cires et les résines. En plus de ces composés dont elle est la spécialiste, elle est également efficace pour plusieurs vitamines (de façon similaire à l’alcool) et certain composés phénoliques tels que les flavonoïdes et les pigments (mais ces derniers sont solvables également dans l’alcool et le vinaigre). Faire un macérât huileux donne une bonne huile aromatique et thérapeutique qui peut être utilisée directement en externe, ou comme composant primaire d’un onguent ou d’une crème. Bref, pourquoi utiliser une huile simple quand on peut utiliser une huile “pimpée” avec des principes actifs de plantes?

Principes de la macération huileuse

On utilise une huile si possible assez stable (qui ne rancit pas trop vite) pour extraire certains principes actifs d’une plante.

Comme pour tous les concentrés liquides, on favorisera le contact du solvant et de la plante:

  • En coupant finement ou en broyant la plante médicinale;
  • En prolongeant le temps de macération selon le solvant et la plante choisie sur quelques jours à quelques mois;
  • En brassant régulièrement le pot de macération;
  • Optionnel: en ajoutant une douce chaleur, ce qui augmente la puissance du solvant (pratique fréquente avec les macérâts huileux).

Macération huileuse et concentré liquide: est-ce la même chose?

En théorie, le macérât huileux est un concentré liquide dont le solvant est l’huile. Par contre, on voit rarement l’appellation “concentré liquide d’huile”, mais plutôt les termes “macération” ou “macérât huileux”.  

SolvantNom spécifique du concentré liquide
EauInfusion et décoction
AlcoolTeinture (voir transformation concentré liquide)
VinaigreConcentré liquide de vinaigre ou vinaigre de…
HuileMacérât huileux ou macération
GlycérineGlycéré
MielMiel médicinal ou miel de … nom de la plante

Est-ce que l’huile est un bon solvant?

L’huile dissout moins d’éléments actifs que l’alcool ou même l’eau. Elle est efficace pour les cires, les huiles (acides gras, polyines), les huiles essentielles (terpènes), les résines. Elle est aussi efficace avec les flavonoïdes, les pigments et certaines vitamines (A, D, E, K).

Une macération sera donc inefficace si une plante nous intéresse pour ses alcaloïdes, (plusieurs applications au niveau du système nerveux), ses principes amers (plantes digestives) ou les saponines. Mais comme les macérations huileuses sont fabriquées pour usage externe, soit directement comme huile (par exemple huile de massage ou liniment) ou alors dans des onguents ou des crèmes, il reste plusieurs applications intéressantes pour les macérations dans les cosmétiques, les huiles à massage et en usage tégumentaire et sur le système locomoteur. Pour une idée de recette voir le liniment après l’effort.

 


Proportion de plante dans une macération

Une méthode traditionnelle simple consiste à tasser les plantes dans un pot, puis le remplir d’huile. 

Plusieurs recettes parlent de proportion de 1 volume de plante pour 2 volumes d’huile (1:2).

Afin de permettre plus de répétabilité, on peut utiliser le poids; il est important que la quantité d’huile couvre la plante. 

Poids de plante
Poids de plantes fraîches / litre d’huile d’oliveEntre 140g et 180g
Poids de plantes séchées / litre d’huile d’oliveEntre 60g et 120g

Astuces

Augmenter la concentration de notre macération huileuse

  • Hacher la plante plus finement (on prendra alors moins d’huile pour la recouvrir);
  • Après le temps de macération, filtrer l’huile et recommencer une macération avec de nouvelles plantes;
  • Essayer d’utiliser la planter fraîche plutôt que séchée.

Peut-on combiner les plantes lors de la macération huileuse?

Il est possible de mélanger les plantes séchées lors de la macération. Cela permet de sauver du temps si on connait à l’avance l’usage que l’on veut faire de notre macération. Par contre, je conseille de faire une macération par plante. En ayant des macérations d’un seul composant, on peut mieux s’adapter aux nouvelles problématiques, on est plus flexible. De plus, une macération est un produit délicat qui peut facilement tourner… faire plusieurs petit pots de macérations réduit les risques de pertes si un pot rancit plus rapidement.

Comment fait-on une macération huileuse…

…à partir de plantes séchées (et à froid)?

  1. Sélectionnez des plantes séchées de qualité (de l’année, bien conservées et propres);
  2. Coupez finement (ou broyez) la partie de la plante utilisée;
  3. Mélangez la plante et l’huile dans un pot (voir bons outils pour le type de contenant adéquat). Brassez le mélange lentement pour faire sortir les bulles d’air;
  4. Identifiez le macérât: nom de la plante, nom de l’huile, date de début de macération, date de filtrage;
  5. Pendant la période de macération, remuez le pot fréquemment (au moins 2 fois par semaine).  La macération à froid se fait dans un environnement assez chaud, entre 22 °C et 35 °C…  comme par exemple au-dessus votre séchoir à plantes ou du chauffe-eau. J’utilise les tapis chauffants qui servent pour mes semis, pour donner une douce chaleur à mes macérations tout en les couvrant d’une couverture opaque;
  6. Une fois la période de macération terminée, filtrez le macérât une première fois dans un tamis fin ou un coton à fromage et pressez fermement pour obtenir le plus de liquide possible. Pour cette étape, j’aime utiliser le presse-patate qui me permet de récupérer la précieuse huile au maximum;
  7. Laissez décanter 1 à 2 semaines, puis filtrez à nouveau dans un filtre à café non blanchi;
  8. Vérifiez qu’il n’y a plus de particules solides dans le mélange (si oui, refaites l’étape 6);
  9. Stérilisez des bouteilles;
  10. Embouteillez;
  11. Identifiez chaque bouteille: nom de la plante, nom de l’huile utilisée, date de mise en bouteille, date de péremption, posologie, optionnel: ratio plante/solvant utilisé.

…à partir de plantes fraîches (et à froid)?

macération plante fraîche
le pot Masson est recouvert d’un tissus permettant l’évaporation

Pour les plantes fraîches, quelques précautions supplémentaires sont nécessaires. Avec des plantes fraîches on craint plus pour la moisissure et le rancissement de l’huile… de manière générale, regardez et sentez le mélange à l’affût de champignons ou d’odeurs.

En lien avec ce risque, certaines étapes seront plus élaborées:

  • À la sélection des plantes (étape 1) faites votre cueillette par temps sec (après plusieurs jours sans pluie); dans le même ordre d’idée, vous pouvez laissez assécher (flétrir) la plante quelques heures avant de la préparer. Inspectez attentivement les plantes pour enlever saletés et insectes. Ne nettoyez jamais une plante fraîche destinée à la macération huileuse avec de l’eau; compostez les parties sales.
  • Contenants à utiliser (étapes 3 et 6): utilisez des contenants secs et stérilisés. Lors de la mise en macération, remplacez le couvercle par un coton ou un essuie-tout retenu par un élastique ou la bague d’un pot Mason.
  • Ajoutez (à l’étape 3) 1 à 2 gélules de vitamine E par litre  (optionnel, afin de retarder le rancissement);
  • Réduisez le temps de macération (voir tableau);
  • Lors du filtrage (étape 6 ) appuyez moins fermement, pour éviter de retirer l’eau/sève de la plante;
  • Utilisez un endroit sec et si possible légèrement chaud, par exemple au-dessus d’un séchoir à plantes pour favoriser l’évaporation de l’humidité contenue dans la plante.

… à chaud (de plante fraîche ou séchée)?

On fait des macérations à chaud principalement pour 2 raisons:

  • Réduire le temps de macération (si vous avez besoin du produit rapidement);
  • Réduire rapidement la quantité d’eau présente dans les plantes fraîches gorgées d’eau.

Cette technique est largement utilisée; personnellement je la trouve moins douce, plus lourde en quelque sorte… mais tellement efficace.

maceration huileuse chaude
macération huileuse à chaud

Pour faire une macération à chaud, la meilleure technique consiste à utiliser un large Crock-pot; remplissez-le d’eau à mi-hauteur et déposez les bouteilles de verre avec pour bouchon un tissu respirant fixé à l’aide d’un élastique.

Sélectionnez la chaleur: réchaud (ne pas cuire).

Ajoutez de l’eau au Crock-pot lorsque nécessaire et brassez régulièrement vos pots.

Durée de macération

MéthodeDurée
Plante séchée – macération à froid6 à 12 semaines
Plante fraîche – macération à froid2 à 5 semaines
Macération à chaud1 à 1,5 semaine

Méthode express: si vous manquez d’une macération pour un usage pressant, il est possible de faire chauffer des plantes avec de l’huile à feu doux pendant 30 minutes, mais le résultat n’est pas aussi intéressant.

Temps de conservation et stockage des macérations huileuses

Le temps de conservation varie beaucoup d’un produit à l’autre. Voici les facteurs d’influence:

  • Les macérâts de plantes séchées se conserveront plus longtemps;
  • L’huile utilisée: on recherche des huiles stables qui ont une bonne conservation même à température pièce. L’huile d’olive est la plus fréquemment utilisée;
  • L’entreposage (au réfrigérateur à l’abri de la lumière est préférable);
  • Le contact à un grand volume d’air: si la bouteille est à moitié pleine elle rancira plus rapidement;
  • La propreté des bocaux utilisés.

Dans de bonnes conditions la macération pourra se conserver beaucoup plus longtemps qu’un an.  Mais comme ce sont des produits par nature plus fragiles, n’hésitez pas à sentir et inspecter vos produits avant chaque usage. La présence de mousse à la surface ou d’une espèce de voile dans la macération sont de très mauvais signes.

Pour votre bien …

Danger de botulisme

Parce que les macérations dans l’huile sont faites avec une douce chaleur dans un milieu anaérobique, ces macérations ne doivent pas être utilisées en interne, car il y aurait danger de botulisme. Pour rappel, le botulisme est causé par une bactérie neurotoxique qui devient très dangereuse (voire létale) si elle se développe dans un milieu anaérobique. Utilisez en externe; si Clostridium botulinum il y avait, il serait neutralisé par le contact à l’air. Pour ce qui est des utilisations un peu limites entre externe ou interne – ici on pense à des plaies ouvertes, des huiles dans l’oreille (alors que le tympan n’est pas percé) – ne prenez pas de risques et ajoutez du vinaigre à raison de 60 ml par litre d’huile. L’ajout de vinaigre acidifie la macération pour détruire la bactérie.

Plusieurs huiles aromatisées se retrouvent dans les épiceries fines; on peut voir les beaux flacons, avec souvent les plantes encore présentes dans la bouteille. Souvent, les concentrations sont beaucoup plus faibles que celles proposées dans cet article, mais elles ont été traitées et sont sécuritaires par rapport au danger de botulisme.

Alternativement, au lieu de consommer des macérations vous pouvez vous faire des vinaigres avec vos plantes médicinales; dans bien des cas le vinaigre est un meilleur solvant que l’huile et les vinaigres de cidre sont savoureux, autant dilués dans un verre d’eau que mélangés à l’huile d’une vinaigrette dans une salade. Vérifiez tout de même la posologie: certaines plantes médicinales doivent être consommées avec modération.

Choix des ingrédients

Choix des huiles (solvant)

Les huiles les plus souvent choisies sont l’huile d’olive et l’huile de tournesol. Accessibles en version bio et à prix raisonnable, elles sont polyvalentes et agréables sur la peau et offrent une très bonne conservation.

Si on fait une macération à chaud,  les beurres qui doivent être liquides pendant la macération et reprendront une forme solide pour l’utilisation… Ça peut être intéressant  pour leur stabilité mais aussi pour faire une pommade.  Par contre, il sera difficile d’appliquer une couche épaisse par la suite et leur utilisation dans les onguents réduira leur fluidité.

Alternativement, l’huile de pépin de raisin est intéressante pour son odeur neutre et sa bonne pénétration dans la peau. L’huile d’avocat et l’huile de sésame blanc sont quant à elles intéressantes pour leur pouvoir hydratant, bien qu’elles soient plus fragiles que l’huile d’olive.

  • Beurre de karité: (point de fusion 34 – 35 °C ) très hydratant, anti-inflammatoire;
  • Beurre de coco (non hydrogéné): (point de fusion 20 – 28 °C  ) attention: peut assécher les peaux sensibles;
  • Beurre de cacao (point de fusion 34 – 35 °C ) propriétés émollientes, nourrissantes et protectrices.

Finalement, pour bénéficier à la fois des bienfaits d’une huile fine et de ceux des plantes, une bonne alternative est parfois de faire la macération avec de l’huile d’olive mais d’ajouter dans l’onguent ou la crème un peu d’huile fine. Il y a bien sûr d’autres options de conservateurs (voir article sur les onguents pour plus d’information) qui peuvent être ajoutés aux produits finis.

Est-ce que les plantes fraîches sont préférables aux plantes séchées pour les macérâts huileux?

Tout comme pour les teintures et les vinaigres, il n’y a pas de réponse universelle à cette question.

Parce que l’huile est un solvant moins stable que les deux autres, on favorise généralement les plantes séchées. Lorsqu’on met des plantes fraîches, on ajoute beaucoup d’eau au mélange et comme l’eau est source de vie, une macération faite à partir de plantes fraîches risquera davantage de tourner ou de rancir… Pour réussir les macérations de plantes fraîches on utilisera souvent une douce chaleur, par exemple au-dessus du séchoir à plantes ou dans un Crock-pot rempli d’eau en mode réchaud (voir macération chaude), ce qui nous permettra d’accélérer l’évaporation de l’eau dans la plante et de réduire le temps de macération.

Si vous utilisez des plantes fraîches pour vos macérations, il faut absolument que vous laissiez l’eau s’évaporer, par exemple en remplaçant le bouchon du pot par une pièce de tissu.

Pour bien des plantes, je préfère les macérations à partir de plantes séchées, mais il y a quelques plantes pour lesquelles les plantes fraîches donnent de bien meilleurs résultats. Voici les plantes pour lesquelles je privilégie la plante fraîche pour la macération huileuse:

  • Plantin (lancéoléPlantago lanceolata ou majorPlantago major) (FE)
  • ArnicaArnica montana(FL)
  • MillepertuisHypericum perforatum (SF)
  • Sapin baumier – Abies balsamea (aiguilles, bourgeons)
  • MolèneVerbascum thapus (FL)
  • MélisseMelissa officinalis (FE)

FE: Feuille, FL: Fleur, SF: Sommité Fleurie

Les bons outils

Les contenants

Comme nous l’avons vu, l’exposition à la lumière et à l’air réduiront la conservation des macérations. Par contre, on veut des contenants en verre translucide pour voir s’il y aurait formation de substances à consistance autre que la macération, qui rendraient celle–ci impropre.

Pour l’entreposage: choisissez des bouteilles de volume égal à la quantité produite (et relativement petites) de forme élancée et en verre teinté.

Comme j’entrepose mes macérations au frigo, donc à une température où l’huile d’olive est solide, je préfère les pots Mason de 250 ml. Leur large ouverture expose les macérations à plus d’air mais me permettent d’utiliser une cuillère pour prélever de petites quantités de mes produits; de plus, le format est pratique pour me permettre de rassembler toutes mes macérations dans un coin du réfrigérateur et finalement, la bague des couvercles est idéale pour maintenir le tissu au-dessus du pot pendant la macération de plantes fraîches.

Outils coupants

Pour une macération huileuse, on coupe les plantes à la main. Dans le cas des ingrédients séchés, surtout si ceux-ci sont solides, il est possible de les moudre (dans un moulin à café propre). Ici il n’est pas judicieux d’utiliser le robot avec la plante dans l’huile, car ce procédé va apporter beaucoup d’air, ce qui va accélérer le rancissement de la préparation.

Outils pour filtrer

Le filtrage des macérâts est plus difficile que celui des concentrés de vinaigre et d’alcool, du fait que l’huile est plus visqueuse.

Commencez par filtrer les éléments solides dans un filtre un peu plus grossier et pour le 2e filtre, dans un filtre à café; vous pouvez réchauffer le macérât (jusqu’à 35 °C) pour diminuer la viscosité de l’huile. Suspendez le filtre avec l’huile et prenez votre temps.

Utilisez un presse-patate, une bonne solution pour récupérer la majorité de cette précieuse huile. L’huile prise dans les fibres des plantes est souvent celle qui est la plus chargée de principes actifs, il serait donc dommage de la jeter.

Crédit photo:

Photo titre: Trevor Leyenhorst

Par ordre d’apparition: Vratsagirl, Audray Pepin

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